Évènements passés
Et si l’on changeait de focale ?
Pas en parlant immédiatement de grands plans d’aménagement, de mobilités, de smart city ou de chiffres. Mais en partant d’un objet banal, presque invisible tant il fait partie du décor : une chaise de bistrot.
C’est avec cette image simple qu’Olivia Cuir a ouvert notre dernière conférence au CIRC, dans le cadre du cycle Lyonnes Pionnières de la Ville. Une entrée en matière à la fois accessible et… redoutablement puissante. Parce qu’une chaise, au fond, ce n’est pas “juste” une assise. C’est un signal social, un inviteur de présence, un déclencheur de rencontres. Un petit objet, et déjà toute une manière d’habiter le monde.
Olivia Cuir nous a embarquées à New York, là où des chaises mobiles de type “bistrot” ont été installées en nombre dans certains parcs et jardins. Le principe est enfantin : on s’assoit où l’on veut, avec qui l’on veut, comme on veut. On déplace. On rassemble. On s’isole. On choisit. Et ce “détail” change tout : il rend l’espace appropriable, hospitalier, vivant.
À Bryant Park, par exemple, l’ajout de centaines de chaises mobiles est documenté comme un levier concret pour attirer de nouveaux usages et encourager la sociabilité : on s’installe “au bon endroit”, on adapte la configuration à son groupe, on crée de la vie à hauteur d’humain.
Et c’est là que la conférence a pris une dimension très intime : qu’est-ce qui, dans une ville, nous met en confiance ?
Qu’est-ce qui nous donne envie de nous arrêter, de respirer, de regarder autour, de dire bonjour ou au contraire de fuir, de se crisper, de traverser vite ?
Au fil des échanges, Olivia Cuir a posé des mots sur ce que l’on ressent souvent sans le formuler : la proxémie, cette “distance” à la fois physique et émotionnelle que l’on maintient entre soi et les autres.
Il y a des lieux qui rapprochent sans forcer.
D’autres qui éloignent sans le dire.
Des places où l’on se sent légitime.
Et des trottoirs où l’on se sent de trop.
La chaise de bistrot devient alors un prétexte ou plutôt un révélateur : comment un aménagement, même minuscule, peut rendre possible la cohabitation ? Comment il peut apaiser, réguler, créer un “cadre” de présence où chacun trouve sa place ?
C’est ici qu’est apparu, progressivement, le cœur de la démarche portée par Olivia Cuir : SenCité.
SenCité part d’une conviction forte : une ville ne se résume pas à sa fonctionnalité. Elle se vit. Elle se traverse. Elle se subit parfois. Elle se ressent toujours. Et si l’on veut fabriquer des espaces plus justes, plus sûrs, plus désirables, alors il faut apprendre à objectiver le ressenti sans le réduire, sans le caricaturer.
Sur son site, la démarche SenCité est présentée comme une ambition de révéler le potentiel émotionnel de la ville, portée par Olivia Cuir.
On retrouve aussi cette idée d’un “quotient émotionnel de la ville”, un indicateur qui permettrait d’évaluer concrètement ce que l’espace produit sur celles et ceux qui l’utilisent.
Et là, le basculement est passionnant : on ne parle plus seulement d’urbanisme “qui fonctionne”, mais d’urbanisme qui fait du bien.
Ce qui a marqué, c’est la rigueur derrière l’intuition. SenCité ne propose pas un discours vague sur “la ville sensible” : la démarche revendique une approche structurée, nourrie par un croisement entre urbanisme, sciences humaines, psychologie, santé mentale, et observation des usages.
L’enjeu est très concret :
pouvoir recueillir, analyser et interpréter ce que vivent les habitants y compris dans les signaux faibles. Et surtout : donner aux décideurs des clés pour ajuster. Corriger. Rééquilibrer. Réparer parfois.
Parce qu’entre “c’est beau sur le plan” et “c’est vivable au quotidien”, il y a parfois un monde.
On connaît les dispositifs de concertation classiques. Utiles, mais parfois limités : ceux qui parlent le plus prennent la place, ceux qui n’ont pas le temps ou les codes restent dehors. Or une ville inclusive ne peut pas se fabriquer uniquement avec les voix les mieux équipées pour se faire entendre.
Ce que la démarche SenCité suggère, c’est une autre porte d’entrée : partir de l’expérience vécue, la rendre lisible, partageable, comparable pour mieux arbitrer.
Au fil des questions dans l’amphithéâtre, une évidence s’est imposée : ce type d’approche ne remplace pas ce qui existe, elle le complète.
Elle ajoute une couche essentielle : celle du sensible, du ressenti, du réel celui qui ne se voit pas toujours dans les tableaux de bord.
Il y a des conférences qui informent.
Et il y a celles qui déplacent.
Hier, nous sommes ressorties avec l’envie de regarder autrement :
une place, un banc, un éclairage, une vitrine vide, un passage piéton, une cour d’école, une terrasse… et cette question en tête : qu’est-ce que cet espace provoque en nous ?
Merci à toutes les participantes et tous les participants pour la richesse des regards, la générosité des partages, et la précision des échanges.
Merci aux équipes du CIRC pour leur accueil professionnel et chaleureux.
Et surtout, merci à Olivia Cuir, pour cette conférence qui nous rappelle qu’aménager une ville, ce n’est pas seulement organiser des flux :
c’est prendre soin des présences.
C’est créer des conditions de coexistence.
C’est redonner du sens.
La mission de L’Équipe des Lyonnes est précisément de mettre en avant des voix féminines dans le débat public et de faire en sorte que ces expertises nourrissent réellement les décisions, ici, sur notre territoire.
Formons le vœu collectif que des démarches innovantes, solides et constructives comme celle-ci soient pleinement entendues par les décideurs publics. Parce que, oui : les femmes ont un regard puissant à apporter sur la conception et l’aménagement des villes. Et parce qu’une ville plus sensible n’est pas une ville “plus molle” : c’est une ville plus habitable.
👉 Inscrivez-vous dès maintenant à nos prochaines conférences : https://www.helloasso.com/associations/l-equipe-des-lyonnes/evenements/cycle-les-lyonnes-pionnieres-de-la-ville-saison-25-26-1